La comtesse de Cadente se rend (encore) à la quincaillerie

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Contrairement à ses habitudes, la comtesse de Cadente sortit ascèse heures – cette fois-ci avec larbin – pour faire un peu de shopping au Réno-l’entrepôt. Puisque c’était leur première sortie à deux en public, elle avait décidé de faire les choses en grand: elle avait mis ses bottes de cuir luisantes à talons aiguille lacés jusqu’aux genoux et son corset de pvc préféré. Quant à larbin (qu’elle promenait en laisse), il portait un t-shrit très ajusté où on pouvait lire son nom en grosses lettres

— Ne trouves-tu pas que nous formons un joli couple de banlieusards, larbin? demanda la comtesse en donnant quelques petits coups secs sur la laisse. Bientôt, on ira même acheter chez Costco un pédiluve, un poêle à raclette, un sucrier en forme de Bob l’éponge et même une caisse de dix kilos de gomme balloune !

Larbin ne répondit pas, tant l’humiliation et la délectation de se faire traîner en laisse devant les badauds scandalisés était grande. Son visage était écarlate et sa bite, coincée dans sa cage de chasteté, lui faisait mal. Dans le rayon des perceuses et des vilebrequins, la Comtesse demanda à un commis qui avait les yeux rivés sur son téléphone :

— Excusez-moi jeune homme, je cherche le rayon du matériel électrique… vous savez, les anodes, les cathodes, les ampoules coruscantes, ce genre de chose…

— Allée quatre, répondit le jeune cuistre sans lever les yeux de son portable, ce qui soulagea un peu larbin.

La comtesse de Cadente ne put s’empêcher de fusiller le commis du regard. Elle tira larbin vers elle et lui susurra à l’oreille:

— C’est triste de voir à quel point le service se dégrade dans les grandes surfaces, n’est-ce pas, larbin? Tu pourrais tellement leur en apprendre à ces blancs-becs sur ce sacerdoce

Elle trottina ensuite vers l’allée quatre en traînant larbin en laisse et en chantonnant «♫♪♬♩ Mon Dieu, quel bonheur! ♫♪♬♩ D’avoir un mari bricoleur! ♫♪♬♩ Mon Dieu, quel bonheur! ♫♪♬♩ Qu’il soit à voile et à vapeur ! ♫♪♬♩ ». En arrivant, elle tomba nez-à-nez sur sa grande amie, la vicomtesse de Branlebraquemart, qui émergeait telle un sylphe du (rayon du) bois (traité).

— Comtesse ! Quelle merveilleuse surprise! s’écria la vicomtesse.

— Mademoiselle de Branlebraquemart! Quel plaisir exquis de vous croiser dans ce temple éternel de la rénovation ! dit la Comtesse sur un ton obséquieux.

Les deux femmes se firent la bise, puis la vicomtesse jeta subrepticement un regard à larbin.

— Je vois que tu as un nouveau domestique… il est mignon comme tout! Est-il bien dressé?

— Disons qu’il fait des progrès lents, mais réguliers, répondit tout sourire la comtesse. C’est d’ailleurs pour cela que je suis venue ici. J’ai besoin d’outils de discipline de qualité industrielle parce que franchement, j’ai le bras qui fatigue, à force de lui labourer l’orifice. Quel est l’équivalent du tennis elbow pour les outils agricoles? Le serpette elbow ?

Les deux femmes rirent de bon coeur.

— Serais-tu à la recherche d’un instrument pénétratif, par hasard? s’enquit la vicomtesse.

— Tu lis dans mes pensées, très chère.

— Normal. Nous partageons la même weltanschauung, après tout. Si tu le permets, j’aurais peut-être quelque chose à te suggérer…

La vicomtesse de Branlebraquemart fit quelques pas, puis attrapa une scie alternative portative rose crevette.

— Oh ! Quel bel outil! s’exclama la comtesse de Cadente.

— Je ne te le fais pas dire, chère comtesse. À la fois légère et compacte, cette scie alternative permet d’atteindre aisément les endroits exigus, procure une longueur de course de 2,5 centimètres et offre des vitesses variables jusqu’à 2 900 courses par minute ajustables avec précision pour un contrôle et une efficacité de premier ordre.

— Wow ! Tu prends des notes, larbin ?

Labin ne s’attendais pas à devoir se soumettre à un tel pensum.

—  Son moteur sans brosse assure un rendement et une durée de fonctionnement accrus, ajouta la Vicomtesse. De plus, sa lumière DEL permet d’éclairer efficacement la zone travaillée – surtout dans la pénombre d’un donjon hétéroclite éclairé à la chandelle. Et puis, avec Bosch, on ne se trompe pas.

— C’est vrai que les boches ont grandement contribué à l’avancement de la domination, plaisanta la comtesse. Mais je me demande… comment vais-je faire pour remplacer la lame carbure de tungstène par un dildo?

La vicomtesse de Branlebraquemart sourit, fit une recherche internet rapide sur son téléphone, puis le tendit à la comtesse.

— Tu vois? Ce site spécialisé offre des adaptateurs en acier chirurgical – ainsi que toute une gamme de godemichés dont les tailles – allant de minuscule à titanesque et même extraterrestre – peuvent convenir aux sphincters les plus exigeants qui savent se passer de lubrifiant analgésique.

— Quelle découverte! Quelle sérendipité! Je le prends, dit la comtesse avec enthousiasme. Larbin, sors-moi ta carte de crédit!

— Oui, comtesse, répondit larbin qui n’avait rien manqué de la conversation et qui s’inquiétait quand même un peu pour l’intégrité de son fondement. Il espérait qu’on fasse preuve envers lui d’un peu de miséricorde.

La comtesse de Cadente se tourna vers la vicomtesse et, pleine de reconnaissance, lui dit :

— Quelle chance saugrenue de t’avoir croisée ce soir! Ce ne sont pas les tire-au-flanc qui travaillent ici qui auraient pu me donner des conseils aussi utiles. Comment pourrais-je te remercier?

— Hum… Comme ça? Tout de suite?

— Bien sûr. Qu’est-ce que tu as en tête?

La vicomtesse de Branlebraquemart sourit malicieusement, puis dit :

— Il y a un bien phasme que je veux réaliser depuis longtemps…

— Tu veux dire… un phANTasme ?

— Oui oui, c’est ça. Un phantasme. J’irais bien dans les toilettes des femmes pour me prendre une langue sur le clito et deux doigts dans la chatte. Ce serait… savoureux.

La comtesse de Cadente remit la laisse à son amie.

— Amuse-toi bien. Il adore aussi se faire pisser dans la bouche, ce vermisseau – au cas où tu voudrais lui faire une gâterie. C’est mieux que le dentifrice et ça protège du scorbut.

— Tu es un ange, très chère! Ne t’inquiète pas, je vais te le remettre en bon état de marche!

— Amuse-toi bien, chérie! Tu me le retourneras à la caisse quand tu auras fini… je vais aller boire un café filtre (obtenu par lixiviation) en vous attendant.« Contrairement à la quincaillerie, j’accepte les retours même sans reçu », se dit beaucoup plus tard la comtesse de Cadente avant de se retirer dans ses appartements.

La comtesse de Cadente est malade

Contrairement à son habitude, la comtesse de Cadente ne sortit pas à six heures, car elle était souffrante depuis la veille. Toux, congestion nasale, douleurs musculaires : elle avait tous les symptômes d’une grippe carabinée. Bouillante de fièvre, elle maudissait le monde entier pour lui avoir refilé ce vilain virus.

— Pourquoi ça m’arrive à moi ? se lamentait la comtesse de Cadente. Quand je pense que j’ai pris la peine de me faire vacciner, pour une fois…

— Madame fait visiblement partie de la quantité statistiquement négligeable d’individus qui attrapent la grippe malgré la vaccination, dit larbin en tendant à la comtesse des cachets et un verre d’eau.

— C’est cette salope de marquise de Fûstiges-Tonncul qui m’a refilé cette cochonnerie, je suis sûre. C’est trop d’effort pour elle de tousser dans son coude! Et je sais que cette catin a les mains continuellement fourrées dans les endroits les plus glauques… ah la la, juste à y penser, ça me donne envie de…

La comtesse de Cadente se mit alors à tousser si fort que larbin eut peur qu’elle finesse par cracher une de ses bronches. 

— Madame la comtesse devrait cesser de se mettre dans tous ses états, car ça ne l’aide en rien, dit doucement larbin. Si Madame le permet, je vais prendre sa température pour voir si sa fièvre a diminué.

La comtesse hocha la tête. Elle garda le thermomètre en bouche en boudant jusqu’à ce que larbin le reprenne.

— Houla. Presque trente-neuf. C’est encore très élevé.

— Je vais mouriiiiiiiiir ! pleurnicha la comtesse.         

— Je me porte garant de la santé de Madame la comtesse. Je vous assure que vous allez passer à travers – quitte en dernier recours à vous accompagner à l’urgence.

— Nooooon! Je ne veux pas me ramasser là! C’est laid, c’est déprimant, c’est plein de gens weird et ça prend une éternité avant de se faire prescrire des tylenols et de se faire renvoyer à la maison comme une malpropre!

— Nous n’en sommes pas encore là, madame. Pour le moment, il faut veiller à ce que vous soyez bien hydratée.

— Ah non! Pas encore de l’eau. Je peux avoir quelque chose avec des bulles?

— J’ai dilué du jus d’orange. Ce sera meilleur pour vous.

La comtesse aurait voulu râler, mais elle se remit plutôt à tousser.

— Il faut aussi de Madame se nourrisse. J’ai pris la liberté de lui préparer une petite soupe casse-grippe végane qui, j’ai l’audace de croire, fera merveille.

— Qu’est-ce qu’il y a là-dedans? demanda la comtesse en reniflant, soupçonneuse.

— Que de bonnes choses. Patates douces, poireaux, citron, gingembre, curcuma.

— Pfff. Je ne goûte rien ennéoué, dit la comtesse en haussant les épaules.

— Si Madame le permet, je vais l’aider à manger.

La comtesse de Cadente acquiesça, alors larbin se mit à la nourrir à la cuillère. La comtesse avait si mal à la gorge qu’elle grimaça chaque fois qu’elle avala, tout en émettant de petits râles plaintifs.

Et c’est au moment où la dernière cuillérée fut avalée que la comtesse regarda son larbin droit dans les yeux et prononça les mots fatidiques :

— Je t’aime.

La comtesse eut ensuite un moment de lucidité et regretta immédiatement ses paroles; elle sentit ensuite une bouffée de chaleur aggraver sa fièvre. Quant à larbin, il fut si surpris par cette déclaration soudaine qu’il en échappa le bol de soupe vide – qui éclata en mille miettes sur le parquet.

— Oh non ! Quel maladroit je fais ! Je ramasse ça tout de suite, bafouilla-t-il, le rouge au front.

Il s’enfuit de la chambre avant même de la comtesse eut le temps de le menacer d’une punition.

« Saloperie de fièvre… ça fait vraiment délirer et dire n’importe quoi », se dit plus tard la comtesse de Cadente avant de s’assoupir dans ses appartements.

La comtesse de Cadente se fait raser

Comme à son habitude, la comtesse de Cadente sortit à six heures et revint au manoir avec un rasoir tout neuf, car l’été était enfin arrivé et elle avait résolu de se débarrasser de la broussaille épaisse qui recouvrait son pubis depuis des mois. Couchée sur le dos dans son lit, les cuisses bien écartées, elle râlait en laissant larbin la raser méticuleusement.

— Je commence à en avoir plein le cul de cette mode à la con de se raser la motte. Quand je pense que je me soumets à cette corvée depuis qu’on m’a mis la main dans la culotte pour la première fois…

— Madame la comtesse n’a qu’à laisser son sexe au naturel, répondit larbin. Ce ne serait pas la première fois qu’elle s’oppose aux dictats absurdes que la société impose aux femmes.

— C’est facile à dire, mais dans notre milieu, si on veut de l’action, il faut avoir la plotte au cuir. C’est une règle non-écrite de l’univers des kinksters.

— Je n’ai pas du tout cette impression, mais si madame la comtesse le dit… ne bougez pas, je vais faire le capuchon du clitoris.

— Dans le sens du poil, han !

— Naturellement, madame la comtesse.

— Je n’ai pas envie d’avoir la chatte constellée de poils incarnés et de pustules.

— Voi…là. Terminé.

— De quoi ça a l’air?

— Madame la comtesse veut que je lui tende un miroir?

— Non. Je veux le test de la langue. Si c’est râpeux, c’est que tu as oublié des spots.

— Ce sera un plaisir, madame la comtesse.

Larbin passa une débarbouillette entre les cuisses de la comtesse pour enlever les poils coupés, puis passa sa langue sur le mont de Vénus et les grandes lèvres, descendit jusqu’à l’anus, puis remonta par les aines pour finir sur les petites lèvres et le clitoris. Un goût de mouille et de savon envahissait sa bouche, mais sa langue ne détecta aucune rugosité. Fier de son ouvrage, larbin se releva, essuya son menton et dit :

— Le test est concluant. Tout est glabre et parfaitement lisse. Est-ce que madame la comtesse désire que je poursuive mes soins buccaux jusqu’à l’orgasme?

— Peut-être plus tard, larbin. J’ai plutôt envie de te récompenser pour tes bons soins de nounier.

— Nounier? demanda larbin, interloqué.

— Bah oui. Un barbier, c’est quelqu’un qui rase la barbe. Donc logiquement c’est le nounier qui rase la noune.

— La créativité lexicale de madame la comtesse est sans limite.

— N’est pas? Je vais même t’apprendre un nouveau mot, larbin : estrapade.

— Je soupçonne qu’il s’agisse d’une forme de torture cruelle et raffinée.

— Cruelle, indéniablement. Raffinée… je suis moins sûre.

— Est-ce que madame la comtesse aurait la générosité de m’expliquer de qui il en retourne?

— C’était un supplice très pratiqué dans la France de l’Ancien Régime pour punir les soldats déserteurs et les protestants (lorsque c’était la saison de leur persécution). L’estrapade était si courante qu’on avait nommé place de l’Estrapade le lieu où à Paris on l’infligeait aux condamnés.

— Habiter sur une rue qui porte le nom d’une torture… quel rêve.

— Un cauchemar, plutôt, quand on sait ce que l’estrapade implique. Le bourreau attachait les bras de la victime dans le dos, puis la hissait tout en haut d’une quinzaine de mètres.

— Aie.

— Attend la suite. Le bourreau laissait alors la victime tomber brusquement, mais sans que son corps touche terre – ce qui entraînait la dislocation des épaules, avec toute la douleur qu’on imagine.

— C’est comme l’ancêtre du saut en bungee, l’élasticité en moins.

— Alors, larbin? Ça te dit d’essayer la chose? En fait, les prémices de la chose, han. Je n’ai pas envie de t’abîmer pour de bon.

Larbin frémit.

— Qu’est-ce que madame la comtesse a en tête?

— Oh, trois fois rien. Je t’attache les poignets dans le dos, je les hisse grâce à la poulie du plafond du donjon et je termine en te donnant ta récompense.

— Madame la comtesse est trop bonne. Je ne crois pas être méritant.

— Je sais, je sais. Ma bonté me perdra, c’est certain. Allez! Ramasse tout ce barda de rasage, je te veux à poil dans le donjon dans cinq minutes!

Larbin obéit avec enthousiasme. Après avoir mis la débarbouillette dans le panier à lessive, vidé et rincé la bassine et rangé le savon et le rasoir, il descendit au donjon et eut tout juste le temps de se dévêtir avant l’arrivée de sa Maîtresse.

— Mets-toi debout sur le tapis de sol et mets tes mains dans ton dos! ordonna la comtesse.

La comtesse de Cadente lui passa les menottes qu’elle fixa au crochet d’une longue corde qui passait dans la poulie du plafond. Elle tira ensuite délicatement, pour que les bras de larbin se soulèvent aussi haut que possible. La position fut rapidement des plus inconfortables pour larbin; ses bras lui faisaient mal et tremblaient, mais puisqu’il ne dit pas le safeword, la comtesse le tira encore plus haut, jusqu’à ce qu’il ne tienne que sur ses orteils.

— Comme ça, ça ira. Laisse-moi maintenant fixer le tout pour que tu restes sagement en place.

C’est ce que la comtesse fit en attachant l’extrémité de la corde à un des anneaux du mur du donjon. Elle admira ensuite son œuvre : larbin avait les bras relevés très haut vers l’arrière, son corps perlé de sueur était arqué vers l’avant et les muscles de ses jambes étaient bandés par l’effort. C’est à ce moment qu’elle décida qu’il était temps pour larbin de bander tout court. Elle extirpa la clé de la cage de chasteté de son soumis d’entre ses seins et la déverrouilla.

— Bordel! Mais qu’est-ce que ça a pu pousser là-dessous dis-donc! s’exclama la comtesse en voyant le pubis et le sexe de larbin. Il va falloir sortir le taille-bordures, j’ai bien peur.

Larbin ne répondit rien, tant il était concentré à tenir en équilibre sur la pointe de ses pieds. La comtesse haussa les épaules, puis s’agenouilla devant son soumis; l’heure de la récompense était venue. Elle taquina le gland de larbin du bout de la langue, puis la fit passer le long de sa verge. L’effet fut immédiat et larbin se mit rapidement à bander. La comtesse le prit alors en bouche et le pompa vigoureusement et dix secondes à peine suffirent pour le faire jouir. Larbin n’arriva même pas à prévenir sa maîtresse de l’approche de sa semence; il ne fit que crier et éjaculer son foutre dans la bouche de la comtesse. Sans même prendre le temps de recracher, elle se releva à toute vitesse et coupa la corde avec des ciseaux. Encore secoué par l’orgasme, larbin tomba sur le tapis de sol. La comtesse de Cadente s’approcha de lui et échangèrent un doux baiser poisseux de sperme.

L’ironie de tout ça, c’est que j’ai maintenant un poil de nounier pris entre les dents, se dit plus tard la comtesse de Cadente avant de se retirer dans ses appartements.

La comtesse de Cadente est au courant

Comme à son habitude, la comtesse de Cadente sortit à six heures. Quand elle revint, le courant venait tout juste d’être coupé dans le manoir, ce qui la mit dans une colère noire. Après une heure passée à négocier avec le service de recouvrement de l’Hydro, le courant fut rétabli et elle poussa un soupir de soulagement.

— Ça y est, on a un sursis, dit la comtesse en raccrochant. Je leur ai promis de cracher trois cent dollars tout de suite et le reste avant la fin du mois.

— Madame la comtesse aurait dû accepter l’aide que je lui ai proposée, dit larbin en lui versant une tasse de thé.

— Ce serait une faute de goût impardonnable que je paie mes factures avec les gages des domestiques.

— Il n’y a pas d’autre domestique que moi et ça me ferait plaisir.

— Plaisir dans le sens de… enfin… plaisir?

— Non. Seulement dans le sens de «ce serait la moindre des choses».

— Dans ce cas, je préfère me débrouiller toute seule, larbin, soupira la comtesse. Au pire, j’emprunterai du fric à la duchesse de Couages-Memesle, comme d’habitude.

— Je suis convaincu qu’un soumis plus âgé et plus fortuné que moi aimerait être dominé financièrement, dit larbin en commençant son époussetage.

— Meh. Jamais je ne trouverai quelqu’un qui me servira aussi bien que toi, larbin.

— Madame la comtesse est trop bonne.

La comtesse de Cadente déposa sa tasse, se tourna vers larbin et dit :

— Tellement bonne que j’ai envie de fêter le rétablissement du courant dans le manoir. Tu viens au donjon avec moi ? L’envie de torturer me prend soudainement.

— Si c’est ce que madame désire, répondit larbin en allant ranger son plumeau.

Illes descendirent donc tous deux au donjon et prirent tout le temps nécessaire pour bien préparer leur séance de jeu. La comtesse ordonna à larbin de se déshabiller et d’enfiler sa cagoule de cuir. Elle mit quant à elle son uniforme d’infirmière en latex et ses bottes blanches lacées à talon aiguille.

— Au cas où tu ne serais pas déjà au «courant», dit la comtesse, c’est l’électrostimulation est au menu.

— Je félicite madame pour ce jeu de mot exquis et absolument pas prévisible, dit pince-sans-rire larbin.

— Insolent! Ne t’imagine pas que je sois devenue «switch»! Quand je pense que je suis «prise» avec toi!

— Pitié! Je serai toujours à «volt» service!

— Silence, «j’ampère» la patience !

Les deux croulèrent de rire et en oublièrent presque pourquoi illes avait pris la peine d’enfiler leurs costumes de D/s.

— Ok, dit la Comtesse en essuyant une larme d’hilarité, passons aux choses sérieuses. Sur le chevalet et que ça saute !

La comtesse attacha les poignets et les chevilles de larbin sur le chevalet, puis le libéra de sa cage de chasteté, car elle avait la ferme intention de s’adonner aux délices du cock and balls torture. Elle alla ensuite dans la grande armoire chercher la boite qui contient son violet wand avec tous ses accessoires.  

Le violet wand est un appareil pseudo-médical utilisé principalement entre 1920 et 1940 pour «soigner» presque toutes les maladies imaginables. Vendus dans des boîtes en bois avec jusqu’à une vingtaine d’électrodes, on en vantait les vertus dans des réclames qui assuraient son efficacité et disaient que «chaque maison devrait en avoir une». Or, ce sont plutôt les donjons qui de nos jours en sont munis — et celui de la comtesse, qui était de si haute tenue n’y faisait pas exception.

La comtesse choisit une électrode de verre en spirale qui ressemblait à un élément de poêle électrique, l’installa sur sa baguette, puis alluma l’appareil qui se mit immédiatement à bourdonner et s’illuminer de sa couleur violette familière.

— On va commencer en douceur, ensuite on va voir comment tu te conduis – et si tu es un bon conducteur.

La comtesse infligea à larbin des impulsions électriques de faible intensité, d’abord sur ses bras et ses jambes. Ensuite, elle s’attaqua à ses mamelons. Larbin se mit à grimacer en anticipant la suite qui ne se fit pas attendre, car la comtesse se mit à augmenter l’intensité à chaque décharge. Il transpirait à grosse gouttes et se crispait avant chaque choc.

— Tu encaisses comme un chef larbin. Jamais pourrait-on deviner que tu as été élevé dans la «watt».

Larbin ne répondit rien. Mâchoire serrée, il était à bout de souffle et savait que le pire était à venir. Comme pour confirmer ses appréhensions, la comtesse de Cadente déclara :

—  Voici maintenant la pièce de «résistance». Voyons si cette bite ferait un bon paratonnerre.

La comtesse envoya une décharge sur le scrotum de larbin qui cria de douleur. Ensuite, elle augmenta une dernière fois l’intensité de l’appareil et approcha l’électrode près de son gland.

C’est à ce moment précis que le courant fut coupé et que le donjon fut plongé dans le noir.

— Encore? Tabarnak d’ossetie de querisse! C’est quoi ça? Ils m’avaient pourtant dit que tout était réglé et qu’ils ne me couperaient plus !

— C’est peut-être une panne, articula faiblement larbin en reprenant ses esprits. À moins que madame la comtesse ait trop tardé pour faire le paiement promis…

— Shit! Shit! Shit! Juste au moment où on commençait à avoir du fun!

— Si madame la comtesse veut bien me détacher, je vais aller chercher la lampe de poche et les chandelles.

« C’est fou à quel point nous sommes devenus dépendants de l’électricité… Plus moyen d’avoir une vie sentimentale sans Hydro Québec», se dit plus tard la comtesse de Cadente avant de se retirer dans ses appartements.

La comtesse de Cadente fête son anniversaire

Comme à son habitude, la comtesse de Cadente se coiffait avant de sortir à six heures lorsque son larbin se présenta respectueusement à elle en tenant dans ses bras un cadeau emballé avec soin.

«Pour vous, comtesse, ces modestes cadeaux d’anniversaire» lut la comtesse sur la carte.

— Oh! Tu t’en es souvenu! Tu es trop chou, larbin…

La comtesse déchira le papier, ouvrit la boite et y trouva un gode-ceinture de taille impressionnante.

— C’était écrit «cadeaux» au pluriel. Je n’en vois qu’un seul, larbin.

Pour toute réponse, larbin retira son uniforme, le plia avec soin et le déposa sur la table. Il s’agenouilla ensuite devant sa comtesse, puis lui présenta son arrière-train où était enfoncé un plug en inox surmonté d’une pierre de strass.

— C’est pour moi? Quelle gentille attention ! Tu devrais voir comme il scintille à la lumière…

La comtesse s’amusa un peu avec son nouveau jouet, le fit glisser, aller et venir dans le cul de son larbin qui soupirait gentiment.

— Voyons maintenant ce strap-on… je me sens comme une gamine le matin de Noël ! Viens dans la chambre larbin, il faut que tu accomplisses ton devoir conjugal.

Ils se rendirent donc tous deux dans la chambre à coucher de larbin. Tout sourire, la comtesse enfila son organe viril tout neuf. Elle attrapa ensuite son larbin par les cheveux, le tira vers elle, le retourna et plaça le gland de latex contre sa bouche. Larbin ne se laissa pas prier et ouvrit la bouche et entreprit de sucer le phallus postiche du mieux qu’il pouvait.

— Tu as intérêt à bien l’enduire de salive, car j’ai l’intention de profiter à fond de mon cadeau d’anniversaire, dit-elle d’un ton sévère qui cachait mal son attendrissement. Tu vas te faire enculer à sec, c’est moi qui te le dis!

(En réalité, c’était de la frime, parce qu’elle avait déjà en main le tube de lubrifiant.)

— À quatre pattes sur le lit, comme un chien. Dépêche-toi !

Les fesses en l’air, la tête retournée pour voir ce qu’elle allait faire, larbin se prépara pour l’estocade. La comtesse de Cadente lubrifia abondement le gode et le rectum de larbin qui enfonçait sa tête dans les oreillers en plantant ses mains sur le matelas. La comtesse s’approcha et, les mains plaquées sur les hanches de larbin, elle plaça le gland de la bite postiche contre son cul et poussa délicatement. L’anus de larbin se dilata, s’ouvrit sous la pression pour lentement laisser passer le gode.

Larbin se crispa et la comtesse s’en redit compte immédiatement.

— Détends-toi. Une fois que tout sera entré, ça ira comme un charme.

— Oui, comtesse, dit larbin, le souffle coupé.

La comtesse continua tout doucement la pénétration en restant à l’affut des réactions de larbin. Elle s’attendait à ce qu’il prononce le safe word à tout moment, mais il resta silencieux, se contentant de gémir et de soupirer. Lorsque toute la bite de latex fut entrée, la comtesse entreprit de le limer en bonne et due forme; ses hanches claquaient sur les fesses de larbin qui savourait chaque estocade.

Après quelques minutes à peine, la respiration de larbin s’accéléra alors qu’il sentit monter la jouissance. Sans même avoir une érection, il se mit à éjaculer – ou plutôt, son pénis se mit à baver du sperme à l’intérieur de sa cage de chasteté. Son corps entier était traversé de tremblements – une sensation qu’il n’avait jamais éprouvée. C’était un orgasme inouï, très différent de tous ceux qu’il avait expérimenté par la stimulation de son sexe.

— Maman! se surprit à crier larbin.

Attendrie (et un peu fatiguée par les coups de bassins), la comtesse se retint de rire et décida plutôt de jouer le jeu:

— Maman voit que tu as englué ta cage. C’est très méchant et tu seras puni, c’est certain. En attendant, elle te laisse la clé : va me laver tout ça, remets-la et reviens me voir quand ce sera fini.

Elle laissa la clé sur le cul poisseux de lubrifiant de larbin, puis marcha à pas de velours vers la porte chambre. Avant qu’elle ne soit sortie, larbin releva la tête et dit:

— Bonne anniversaire, madame la comtesse.

— Merci, mon chéri.

Ils furent tous deux surpris par cet élan soudain de tendresse. Larbin fut si troublé qu’il enfonça son visage dans l’oreiller; quant à la comtesse, rougissante, elle ferma la porte à la hâte.

« On dira ce qu’on voudra, c’est moins l’objet lui-même que l’emballage et l’intention qui fait le bonheur de recevoir le cadeau », se dit beaucoup plus tard la comtesse de Cadente avant de se retirer dans ses appartements.