La comtesse de Cadente est au courant

Comme à son habitude, la comtesse de Cadente sortit à six heures. Quand elle revint, le courant venait tout juste d’être coupé dans le manoir, ce qui la mit dans une colère noire. Après une heure passée à négocier avec le service de recouvrement de l’Hydro, le courant fut rétabli et elle poussa un soupir de soulagement.

— Ça y est, on a un sursis, dit la comtesse en raccrochant. Je leur ai promis de cracher trois cent dollars tout de suite et le reste avant la fin du mois.

— Madame la comtesse aurait dû accepter l’aide que je lui ai proposée, dit larbin en lui versant une tasse de thé.

— Ce serait une faute de goût impardonnable que je paie mes factures avec les gages des domestiques.

— Il n’y a pas d’autre domestique que moi et ça me ferait plaisir.

— Plaisir dans le sens de… enfin… plaisir?

— Non. Seulement dans le sens de «ce serait la moindre des choses».

— Dans ce cas, je préfère me débrouiller toute seule, larbin, soupira la comtesse. Au pire, j’emprunterai du fric à la duchesse de Couages-Memesle, comme d’habitude.

— Je suis convaincu qu’un soumis plus âgé et plus fortuné que moi aimerait être dominé financièrement, dit larbin en commençant son époussetage.

— Meh. Jamais je ne trouverai quelqu’un qui me servira aussi bien que toi, larbin.

— Madame la comtesse est trop bonne.

La comtesse de Cadente déposa sa tasse, se tourna vers larbin et dit :

— Tellement bonne que j’ai envie de fêter le rétablissement du courant dans le manoir. Tu viens au donjon avec moi ? L’envie de torturer me prend soudainement.

— Si c’est ce que madame désire, répondit larbin en allant ranger son plumeau.

Illes descendirent donc tous deux au donjon et prirent tout le temps nécessaire pour bien préparer leur séance de jeu. La comtesse ordonna à larbin de se déshabiller et d’enfiler sa cagoule de cuir. Elle mit quant à elle son uniforme d’infirmière en latex et ses bottes blanches lacées à talon aiguille.

— Au cas où tu ne serais pas déjà au «courant», dit la comtesse, c’est l’électrostimulation est au menu.

— Je félicite madame pour ce jeu de mot exquis et absolument pas prévisible, dit pince-sans-rire larbin.

— Insolent! Ne t’imagine pas que je sois devenue «switch»! Quand je pense que je suis «prise» avec toi!

— Pitié! Je serai toujours à «volt» service!

— Silence, «j’ampère» la patience !

Les deux croulèrent de rire et en oublièrent presque pourquoi illes avait pris la peine d’enfiler leurs costumes de D/s.

— Ok, dit la Comtesse en essuyant une larme d’hilarité, passons aux choses sérieuses. Sur le chevalet et que ça saute !

La comtesse attacha les poignets et les chevilles de larbin sur le chevalet, puis le libéra de sa cage de chasteté, car elle avait la ferme intention de s’adonner aux délices du cock and balls torture. Elle alla ensuite dans la grande armoire chercher la boite qui contient son violet wand avec tous ses accessoires.  

Le violet wand est un appareil pseudo-médical utilisé principalement entre 1920 et 1940 pour «soigner» presque toutes les maladies imaginables. Vendus dans des boîtes en bois avec jusqu’à une vingtaine d’électrodes, on en vantait les vertus dans des réclames qui assuraient son efficacité et disaient que «chaque maison devrait en avoir une». Or, ce sont plutôt les donjons qui de nos jours en sont munis — et celui de la comtesse, qui était de si haute tenue n’y faisait pas exception.

La comtesse choisit une électrode de verre en spirale qui ressemblait à un élément de poêle électrique, l’installa sur sa baguette, puis alluma l’appareil qui se mit immédiatement à bourdonner et s’illuminer de sa couleur violette familière.

— On va commencer en douceur, ensuite on va voir comment tu te conduis – et si tu es un bon conducteur.

La comtesse infligea à larbin des impulsions électriques de faible intensité, d’abord sur ses bras et ses jambes. Ensuite, elle s’attaqua à ses mamelons. Larbin se mit à grimacer en anticipant la suite qui ne se fit pas attendre, car la comtesse se mit à augmenter l’intensité à chaque décharge. Il transpirait à grosse gouttes et se crispait avant chaque choc.

— Tu encaisses comme un chef larbin. Jamais pourrait-on deviner que tu as été élevé dans la «watt».

Larbin ne répondit rien. Mâchoire serrée, il était à bout de souffle et savait que le pire était à venir. Comme pour confirmer ses appréhensions, la comtesse de Cadente déclara :

—  Voici maintenant la pièce de «résistance». Voyons si cette bite ferait un bon paratonnerre.

La comtesse envoya une décharge sur le scrotum de larbin qui cria de douleur. Ensuite, elle augmenta une dernière fois l’intensité de l’appareil et approcha l’électrode près de son gland.

C’est à ce moment précis que le courant fut coupé et que le donjon fut plongé dans le noir.

— Encore? Tabarnak d’ossetie de querisse! C’est quoi ça? Ils m’avaient pourtant dit que tout était réglé et qu’ils ne me couperaient plus !

— C’est peut-être une panne, articula faiblement larbin en reprenant ses esprits. À moins que madame la comtesse ait trop tardé pour faire le paiement promis…

— Shit! Shit! Shit! Juste au moment où on commençait à avoir du fun!

— Si madame la comtesse veut bien me détacher, je vais aller chercher la lampe de poche et les chandelles.

« C’est fou à quel point nous sommes devenus dépendants de l’électricité… Plus moyen d’avoir une vie sentimentale sans Hydro Québec», se dit plus tard la comtesse de Cadente avant de se retirer dans ses appartements.

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